Patricia Kaas : «Je suis amoureuse»
Reportages Par Irène Frain
People. De retour avec un nouvel album, elle est accompagnée par un nouvel
amour, un grand chef parisien.
A la suite de Barbara, elle a souvent dit que sa plus belle histoire damour, cétait le public. Mais Yannick Alléno, le chef du prestigieux restaurant de lhôtel Meurice, pourrait la faire changer davis. Alors que Patricia Kaas prépare sa grande tournée 2009 autour de son nouvel album, «Kabaret» (sortie le 15 décembre sur Internet, Sony BMG), elle nous avoue pourtant ne pas avoir encore modifié toutes ses habitudes. Ainsi, au homard bleu, aux Saint-Jacques dorées, aux turbots cuisinés et aux bars braisés, elle oppose le même «jaime pas le poisson». La chanteuse préférée des Français nest pas du genre quon retient avec des petits plats. Elle reste fidèle à son unique répertoire : amour et passion, qui lui a fait vendre 16 millions dalbums dans 47 pays. Alors, la recette qui la fait craquer? Toute simple. «Il est tendre, attentionné, présent.»
Lamoureuse est mystérieuse. Et Patricia Kaas na pas changé. Même façon de bouger quà ses débuts il y a vingt ans, mi-funambule, mi-chat écorché. Et mêmes yeux couleur de pluie et de mélancolie, alors que tout Paris bruit de sa romance avec Yannick Alléno, le fringant quadragénaire qui règne sur les fourneaux de lhôtel Meurice et que ses pairs viennent de sacrer «Chef de lannée 2008», tandis quun autre jury le bombardait «Chef le plus sexy». Mais le beau Yannick a-t-il vraiment converti Patricia aux délices de la nage décrevisses aux fèves fraîches, à lextase de la fouace perdue aux fruits rouges et au septième ciel de son foie gras au chambertin ? Pas si sûr. A limage des blondes égéries des années 30 dont les fantômes hantent son spectacle «Kabaret», elle est restée dune minceur extrême. Ou elle fait un régime, ou rien ne lui profite, ou la bouffe, elle sen fout. Cest la dernière proposition qui est la bonne, confesse-t-elle sans chichis, lamour dans la cuisine na rien à voir avec sa romance. Puis un sourire passe fugacement sur ses lèvres diaphanes : «La gourmandise nest pas mon truc. En plus, comme laffaire de Yannick, cest plutôt le poisson, et que je déteste ça... Quand on se retrouve, il veut toujours me préparer un petit plat. Pour me faire plaisir. Je lui réponds toujours : «OK, mais fais simple!» Il est suroccupé, moi aussi. Je veux quon profite de tous ces précieux moments ensemble. Et puis, à peine quatre mois quon sest rencontrés...»
Donc surtout pas de prise de tête du type : «Pourquoi lui, pourquoi moi, est-ce quon est vraiment fait lun pour lautre et est-ce que ça va durer ?» Notre Grande Mademoiselle du blues, de toute façon, na jamais été amours, délices et orgues. Quant au plan nursery, pas au programme non plus, malgré, à quelques jours de ses 42 ans, lurgence de lhorloge biologique. «Ma tournée en France et en Russie, mon show en janvier au Casino de Paris et la sortie de mon album en mars. Un bébé... Mais je nai même pas une seconde pour y penser! Bien sûr, je me dis que, si je my prends trop tard, jaurai raté quelque chose. Mais dautres fois, quand jentends un enfant hurler, je me demande : Est-ce que je pourrais supporter ça ?» Patricia Kaas choisit donc den rester, pour ses amours, à une petite musique de chambre. Sans pour autant en faire un secret dEtat. Mais consciente du prix de cette toute neuve romance, elle préfère lévoquer comme ces objets rares quelle aime à dénicher pour décorer son duplex : «Lamour est fragile, cest sa nature même. Ce qui mattache à Yannick, cest avant tout quil soit tendre, attentionné, présent...» Puis, opérant soudain un zoom arrière sur les passions publiques ou secrètes qui jalonnèrent ses vingt ans de carrière, elle laisse sembuer sa belle voix rauque : «Des qualités que jai guère rencontrées chez les hommes jusquà maintenant...»
Enfin le prince charmant, alors ? Petit air boudeur : «Cest vrai quon en rêve toutes, de la fameuse épaule sur laquelle sappuyer. Mais disons plutôt que Yannick est lhomme dont jai besoin en ce moment. Jai longtemps voulu tout faire en mec, ma carrière comme le reste. Avec le temps, je suis sans doute devenue plus femme. Et jarrive enfin à me dire : «Je suis fatiguée, jai besoin de quelquun à mes côtés.» Mais je garde mon côté solitaire. Et comme nous avons tous les deux des emplois du temps très chargés, nous avons chacun notre appartement.»
A la façon dont elle vient de se raidir, facile de pressentir quil y a peu, la casse et la Kaas faisaient encore excellent ménage. Travers classique des perfectionnistes. Et rançon archiconnue des femmes célèbres, pour qui la gloire, selon lexcellente formule de Mme de Staël, est si souvent le deuil éclatant du bonheur.
«Dans le passé jai connu de terribles déceptions»
En fille qui na pas peur de grand-chose, Patricia Kaas assume : «Je
suis très difficile à vivre, lego masculin a du mal à
saccommoder dune fille comme moi. Mais jai révisé
mes attentes. Jai connu, il faut dire, de terribles déceptions.
Et, contrairement à ce quon croit, en amour, ce nest pas
la rupture qui fait le plus mal. La douleur, cest de réaliser qui
est réellement lautre. Quand on saperçoit, par exemple,
quon a vécu des années aux côtés de quelquun
pour qui on nétait quun faire-valoir. Quand on saisit quau
moment où cet homme disait «Je taime», il ne pensait
quà son intérêt ou à laffirmation de
son ego. Dans ces moments-là, quest-ce quon sen veut!
Et la douleur persiste très longtemps après la rupture, car on
a été dupe de soi-même. La méfiance sinstalle,
et ce sont ceux qui suivent qui paient les pots cassés... Heureusement,
il y a la scène. Là, je donne tout et je revis.»
Rien quà évoquer cette souffrance, elle se met à brûler des pieds à la tête. Feu intérieur, comme pendant son spectacle, ces instants de grâce où elle se glisse dans la peau des vamps davant-guerre et, glamour en diable dans son fourreau lamé, se met à chalouper entre le Berlin enfumé de Dietrich, les beautés bisexuelles et cocaïnées du Paris de Chanel, le New York de la prohibition ou le tango de Buenos Aires, façon pensées tristes qui se dansent. Sa voix se fait de plus en plus rauque, la passion la consume, puissante, ventrale, au point de faire fondre sa glaciale blondeur : «Les chansons, les icônes, les vêtements de ce temps-là, cest tout mon univers... Quand jétais petite, maman, tout en repassant ou cuisinant, ne cessait de fredonner des chansons de Marlene. Et la mélancolie, cest une vieille compagne depuis que ma mère, précisément, lamour de ma vie, est morte lannée de mes 20 ans. Il men est resté lidée que la vie est injuste...»
A quoi rêve-t-elle ? A lirréelle silhouette de Marlene?
Est-ce ce deuil impossible qui maintenant la pousse à crisper sous la
table ses longues jambes de danseuse ? Ou songe-t-elle plutôt aux aléas
de sa carrière, en ces jours où les jeunes plébiscitent
des Camille ou Anaïs plus proches de la grisaille des jours, qui remplissent
les Zénith en trois coups de cuiller à pot ? Patricia Kaas préfère
triompher dans les pays de lEst. Elle finance sur ses propres euros sa
tournée dans les théâtres hexagonaux. Et, là encore,
en courageuse chanteuse de fond, la Kaas ne sen laisse pas conter : «Je
ne serai jamais de celles qui, par effet de mode, chantent le quotidien des
rapports homme-femme, genre : Tu es arrivé avec des chaussettes
puantes, on a fait lamour puis on a cuit des spaghettis! Moi, jai
soif dunique et de beauté. Et ce qui me passionne, cest de
toucher le cur des gens.»
Mais soudain, bémol : la fée incandescente se retransforme en
mystérieuse amoureuse. A quoi rêve-t-elle ? A lirréelle
silhouette de Marlene ? Au bras dun homme capable de lui offrir, comme
ça, rien que par amour, les délices tellement plus terrestres
dun bon petit plat ? Ou aux deux à la fois ? Croisée des
chemins. On ne saura pas.